VPN sous pression : peuvent-ils bloquer des sites selon le pays de l’utilisateur ?

Mise à jour : Février 2026
- Juillet 2025 : extension à la Formule 1 (12 domaines supplémentaires, 5 VPN visés)
- Décembre 2025 : 13 nouveaux domaines avec mécanisme dynamique (ARCOM) permettant d’actualiser la liste sans repasser systématiquement devant le tribunal
- Janvier 2026 : 16 domaines supplémentaires (Premier League), jugement rendu le 14 janvier visant NordVPN et Surfshark
À ce jour (février 2026) :
Les VPN concernés n’ont pas communiqué publiquement sur leur stratégie de mise en œuvre :
- Leurs serveurs français restent actifs
- Leurs audits no-log restent en vigueur
- Aucune mise en œuvre de blocage n’a été officiellement annoncée ni documentée publiquement
Les tribunaux ont rejeté les arguments soulevés par les fournisseurs de VPN, en estimant notamment qu’ils n’étaient pas étayés par des éléments techniques chiffrés et vérifiables, et que certains moyens juridiques étaient inopérants dans ce type de litige entre acteurs privés
La pression réglementaire s’intensifie, mais le paradoxe technique expliqué ci-dessous reste valable : un VPN sans logs pourrait, en théorie, appliquer un filtrage ponctuel sans conserver de journaux persistants ; en pratique, une telle mise en œuvre soulève des difficultés structurelles importantes en matière de neutralité, de stabilité, de coûts opérationnels, et de cohérence avec le modèle de protection de la vie privée.
À l’international, des acteurs importants de l’infrastructure Internet comme Cloudflare, qui défend une neutralité technique du réseau, ainsi que plusieurs acteurs et autorités américaines, s’opposent à l’idée de rendre les intermédiaires responsables du filtrage des contenus. Tous soulignent, pour des raisons différentes, le risque d’un Internet fragmenté par le filtrage et les injonctions locales.
Le 18 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à plusieurs fournisseurs de VPN, NordVPN, ProtonVPN et CyberGhost, de bloquer l’accès à une douzaine de sites diffusant illégalement des événements sportifs.
Le 14 janvier 2026, un nouveau jugement a ordonné à NordVPN et Surfshark de bloquer 16 domaines diffusant la Premier League (football anglais) jusqu’au 24 mai 2026.
Des décisions inédites en France, qui soulèvent une question simple : un VPN peut-il vraiment bloquer des sites par pays ?
Contexte : Ce que dit le jugement français
Plusieurs décisions judiciaires successives :
Juillet 2025 : blocage de 12 domaines visant plusieurs fournisseurs VPN
Décembre 2025 : 13 domaines supplémentaires avec mécanisme dynamique (ARCOM)
Janvier 2026 : 16 domaines (Premier League) visant NordVPN et Surfshark
Dans ces décisions, les VPN sont qualifiés d’« intermédiaires techniques », un statut jusqu’alors principalement appliqué aux fournisseurs d’accès à Internet. Les juridictions estiment qu’à ce titre, ils peuvent être enjoints de mettre en œuvre des mesures de blocage destinées à empêcher l’accès à des services diffusant illicitement des compétitions sportives.
Les décisions prévoient un délai de trois jours pour l’application des mesures.
Les fournisseurs de VPN ont contesté cette qualification et invoqué l’incompatibilité des injonctions avec le droit européen ainsi que des difficultés techniques d’exécution.
Ces arguments ont été rejetés, le tribunal estimant notamment que, dans ce type de litige entre acteurs privés, les moyens tirés du droit européen étaient inopérants, et que les difficultés techniques alléguées n’étaient pas étayées par des éléments chiffrés et vérifiables.
À ce jour, aucune application officiellement reconnue ou documentée publiquement de ces mesures de blocage n’a été constatée.
Important : ces décisions tranchent avant tout une question de responsabilité juridique, un VPN peut être visé par une injonction de blocage, mais ne constituent pas une expertise technique détaillée sur la manière de bloquer efficacement des sites, ni sur la viabilité de telles mesures à grande échelle.
VPN et FAI : deux rôles différents
Un fournisseur d’accès à Internet (FAI) contrôle directement votre connexion réseau. Il attribue votre adresse IP, gère les DNS et peut bloquer l’accès à certains sites dès la racine, en coupant court à la demande de connexion avant même qu’elle ne sorte de chez vous. Lorsqu’un juge lui ordonne de bloquer un site, le FAI a les moyens techniques de le faire rapidement, et souvent de façon ciblée.
Un VPN, lui, n’est pas un fournisseur d’accès. C’est un intermédiaire de transport sécurisé qui :
- chiffre votre trafic,
- le fait transiter par l’un de ses serveurs situés ailleurs dans le monde,
- puis l’envoie vers Internet en le faisant apparaître comme venant d’une autre adresse IP.
Les VPN revendiquant une politique stricte de non-conservation des logs, comme ceux généralement classés parmi les meilleurs VPN, ne disposent pas, sans inspection ou surveillance active, d’un moyen simple de filtrer finement l’activité au cas par cas.
Lui demander de bloquer un site pour une partie de ses utilisateurs, selon des critères territoriaux ou contractuels, revient donc à redéfinir profondément son rôle et, selon les choix techniques du fournisseur, parfois aussi son architecture.
Comment un VPN pourrait bloquer un site ?
| Méthode | Principe | Efficacité réelle | Portée géographique | Contournement | Coût / complexité | Risque juridique & réputationnel |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Blocage DNS | Empêcher la résolution de certains noms de domaine | Faible | Globale ou par serveur | Trivial (DNS alternatifs, DoH/DoT) | Faible | Modéré (contournable ; juridiquement admis, le tribunal laissant le choix des modalités au VPN, janv. 2026) |
| Blocage IP | Interdire l'accès à certaines adresses IP | Moyenne à court terme | Globale ou par serveur | Rapide (CDN, IP partagées) | Moyen | Élevé (surblocage, plaintes) |
| Inspection de trafic (DPI) | Analyse du trafic pour identifier des contenus/protocoles | Théorique | Fine | Complexe mais possible | Très élevé | Critique (intrusif, incompatible avec promesse VPN) |
| Filtrage par serveur de sortie FR | Politique appliquée uniquement sur les serveurs situés en France | Faible | Limitée | Immédiat (changer de pays) | Moyen | Élevé (incohérence juridique et technique) |
| Ciblage par moyen de paiement | Identifier les clients « FR » via CB / App Store / PayPal | Très faible | Approximation | Simple (Wise, crypto, expatriés) | Faible | Élevé (RGPD, erreurs, discrimination) |
Pour conclure
Même si, en théorie, un VPN pourrait bloquer des sites, la mise en œuvre pratique poserait de lourds problèmes de neutralité, de confidentialité, d’efficacité et de cohérence avec le rôle historique de ces services. Chaque tentative soulèverait des arbitrages complexes et des risques techniques ou juridiques.
Les tribunaux français ont tranché une partie du débat : un VPN est une « personne susceptible de contribuer » et peut être visé par des injonctions de blocage.
Mais le cœur du problème demeure : ce que le droit rend possible n’est pas nécessairement ce que la technique rend propre, durable ou cohérent à grande échelle.
Pour en savoir plus : Le paradoxe VPN : entre liberté et surveillance

A propos de l'auteur : Lisa
Fondatrice de VPN Mon Ami
Experte en cybersécurité avec plus de 12 ans d'expérience dans le domaine des VPN, j'écris de nombreux articles pour sensibiliser les internautes à la confidentialité en ligne.








