Les VPN vont-ils être interdits en France ? Ce qui a vraiment été dit, voté et décidé

Depuis le 30 janvier, la toile française s’agite. Les titres parlent d’« interdiction des VPN », de « dérive autoritaire » ou de « fin de l’Internet libre ». Ce n’est pas la première fois que les VPN font l’actualité en France : en juin 2025, la controverse autour de la vérification d’âge imposée aux sites pour adultes a déjà provoqué une ruée vers ces outils. Aujourd’hui, les rumeurs reprennent, mais cette fois sur un périmètre bien plus large. Avant de relayer ces affirmations, un retour aux faits s’impose. La réalité est nettement moins spectaculaire que ce que suggèrent de nombreux articles.
Ce qui a été voté : une loi sur les réseaux sociaux, pas sur les VPN
Le 26 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte impose aux plateformes (Instagram, TikTok, Snapchat, X, etc.) de vérifier l’âge des utilisateurs avant la création d’un compte.
À ce stade, la loi n’a pas encore été examinée par le Sénat ni soumise au Conseil constitutionnel. Aucune disposition n’est donc applicable en l’état.
Aucun texte de loi sur les VPN n’a été voté. Aucun amendement visant les VPN n’est actuellement en cours d’examen parlementaire.
Ce qui a été dit : une déclaration lors d’une interview
Le 30 janvier 2026, la ministre déléguée chargée du Numérique, Anne Le Hénanff, est interrogée sur France Info au sujet d’un possible contournement de la loi par les mineurs via l’usage de VPN. Elle déclare :
« Les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste. »
Elle précise ne pas être « naïve » et explique que l’âge moyen de création d’un premier compte sur les réseaux sociaux est estimé à 8 ans et demi. À cet âge, l’utilisation d’un VPN suppose généralement l’intervention d’un adulte. Si la loi permet de protéger « 65 à 70 % des enfants », elle considère l’objectif partiellement atteint.
Il s’agit d’une réflexion politique générale exprimée dans le cadre d’une interview. Ce n’est ni une annonce de projet de loi, ni une mesure réglementaire.
Réactions et clarification de l’exécutif
Cette déclaration a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse spécialisée, parfois accompagnées de comparaisons avec des pays pratiquant une censure massive d’Internet.
Dans les heures qui ont suivi, plusieurs sources indiquent que des services de l’exécutif ont précisé qu’aucune interdiction des VPN n’était envisagée, reconnaissant leur utilité pour des usages professionnels et de sécurité. Cette clarification n’a cependant pas fait l’objet d’une communication officielle.
Un épisode comparable s’était déjà produit en septembre 2023, lorsqu’un amendement mentionnant les VPN avait été évoqué dans le cadre de la loi sur la sécurisation de l’espace numérique. Il avait été retiré sans suite.
Le Royaume-Uni : pourquoi il est souvent cité, et ce qui s’y passe réellement
Plusieurs articles français présentent le Royaume-Uni comme un précédent direct, affirmant que la France s’inspirerait activement de ces mesures pour suivre le même chemin. Cette interprétation n’est pas exacte.
Ce qui a été voté :
La Chambre des Lords a adopté un amendement au Children’s Wellbeing and Schools Bill. Celui-ci viserait à interdire la fourniture de services VPN aux mineurs de moins de 18 ans. Il ne concerne pas les adultes et doit encore franchir plusieurs étapes avant d’avoir force de loi.
Position des autorités britanniques :
Les autorités britanniques, ainsi qu’Ofcom, ont indiqué qu’un bannissement général des VPN n’était pas envisagé, compte tenu de leurs usages légitimes. L’approche retenue consiste à demander aux plateformes d’évaluer les risques de contournement dans leurs propres dispositifs.
Ce que les données montrent :
Selon Ofcom, environ un utilisateur de VPN sur dix est un mineur. La hausse significative des téléchargements observée depuis l’été 2025 s’explique principalement par des adultes préoccupés par la protection de leur vie privée face aux obligations de vérification d’identité prévues par l’Online Safety Act.
Pourquoi agir sur les VPN poserait problème en France
Même si une réflexion devait émerger sur la régulation des outils de chiffrement réseau, plusieurs limites concrètes apparaissent.
Sur le plan juridique, la France est tenue par le droit européen, qui protège explicitement le respect de la vie privée et des communications. Toute restriction significative des VPN se heurterait à ce cadre.
Sur le plan institutionnel, la CNIL a encadré strictement les dispositifs de vérification d’âge en ligne : elle exige la minimisation des données personnelles, le recours à un tiers de confiance opérant en « double anonymat », et refuse toute solution reposant sur la reconnaissance faciale biométrique. Elle a rendu un avis favorable au référentiel de l’ARCOM en septembre 2024, mais celui-ci ne concerne que les sites diffusant des contenus pornographiques. Aucun dispositif de ce type n’a été étendu aux VPN.
Une régulation des VPN soulèverait des questions encore plus sensibles en matière de vie privée, puisque leur usage ne se limite pas à un type de contenu. Il y a même une contradiction directe avec le RGPD. Celui-ci impose à toute entreprise de garantir la sécurité des données personnelles en transit sur le réseau. Le VPN entreprise est l’un des outils centraux pour respecter cette obligation.
Restreindre les VPN revient donc à rendre plus difficile pour les entreprises de se conformer à une réglementation que l’État lui-même leur impose.
Pourquoi les VPN ne répondent pas au problème technique posé
D’un point de vue technique, un VPN n’est qu’un tunnel chiffré entre un appareil et un serveur distant. Il n’existe pas de moyen fiable permettant de distinguer, au niveau du réseau, un usage professionnel (télétravail, sécurisation d’un Wi-Fi public) d’un usage visant à contourner une restriction d’âge.
Les méthodes de filtrage possibles reposeraient sur des mécanismes imprécis et facilement contournables, avec un risque élevé d’impact sur des usages légitimes. Or les VPN sont aujourd’hui intégrés aux pratiques courantes du télétravail, de l’administration système et de la protection des données sur des réseaux non-sécurisés.
Pour en savoir plus : Qu’est-ce qu’un VPN ?
Ce que cela change aujourd’hui
Rien, pour le moment.
Les VPN restent légaux en France. Aucune mesure n’a été votée, aucun amendement n’est en cours d’examen, et aucun calendrier législatif concernant les VPN n’a encore été rendu public.
La situation actuelle relève d’un débat politique général sur l’efficacité des dispositifs de protection des mineurs en ligne. Transformer cette réflexion en une régulation ciblant les VPN poserait des difficultés juridiques, techniques et économiques, sans garantie d’efficacité.
Pourquoi de nombreux articles manquent de précision
Les confusions observées ces derniers jours sont récurrentes : assimilation d’une déclaration politique à une décision législative, présentation erronée du Royaume-Uni comme exemple d’interdiction généralisée, ou comparaison avec des pays pratiquant une censure structurelle d’Internet.
Ces États, Chine, Corée du Nord, Iran, Russie, utilisent l’interdiction des VPN pour contrôler l’accès à l’information de l’ensemble de leur population. Le contexte français est d’une nature radicalement différente.
Ces confusions brouillent le débat public et déplacent l’attention loin des véritables enjeux : l’efficacité des dispositifs de protection des mineurs et leur compatibilité avec les libertés numériques.

A propos de l'auteur : Lisa
Fondatrice de VPN Mon Ami








