Comprendre la Neutralité du Net

par | 13 Jan 2026 | Bien-être numérique

La neutralité du Net subit régulièrement des revers aux États-Unis : rien qu’en 2025, la cour d’appel fédérale a annulé les protections rétablies par l’administration Biden. En France, ce principe, qui empêche les FAI de créer des « voies rapides » payantes pour certains services, tient bon depuis 10 ans. Mais les nouvelles technologies (5G, IA génératives) redessinent les contours du débat.

Qu’est-ce que la neutralité du Net : Un véritable fondement

La neutralité du Net est le principe selon lequel aucune discrimination concernant les flux de données Internet ne peut être pratiquée. Les fournisseurs d’accès à Internet ont pour devoir de traiter de manière égale tout le trafic des internautes. On parle aussi de neutralité des réseaux ou d’Internet ouvert.

C’est la neutralité du Net qui garantit aux utilisateurs un accès libre aux sites de leur choix sans surfacturation de la part des FAI. Grâce à elle, les fournisseurs d’accès Internet ne peuvent pas bloquer, ralentir ou faire payer intentionnellement un contenu en ligne spécifique. Sans ce principe, les FAI pourraient donner la priorité à certains types de services en ligne ou ralentir, voir bloquer le trafic d’autres.

La neutralité du net expliquée en moins d’1 minute en vidéo

Petite mise au point à propos de la Neutralité du Net

La neutralité du Net ne signifie pas absence totale de régulation. Les FAI conservent le droit (et le devoir) de bloquer les sites illégaux ou dangereux (pédopornographie, terrorisme, etc.). Ces blocages se font sur décision judiciaire, pas à la discrétion de l’opérateur.

Important : les FAI n’ont aucun pouvoir sur les résultats de recherche. Ce sont Google, Bing, etc. qui décident de leur classement,
pas Orange ou Free.

Illustration : Qu'est-ce que la neutralité du net ?

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Quel est le problème avec la neutralité du net ?

Les défenseurs de la Neutralité du Net sont nombreux, experts en informatique, militants, associations de consommateurs, organisations de défense des droits de l’homme… Tous, affirment que la neutralité du Net contribue à assurer la liberté d’échange d’informations ainsi qu’à promouvoir et stimuler l’innovation pour des nouveaux services en ligne. Si ce principe est si positif et apporte autant de valeur ajoutée à Internet, pourquoi le remettre en cause ?

Les opposants estiment que les exigences d’un tel principe augmentent considérablement les coûts pour maintenir un réseau de télécommunications performant, capable de traiter des flux de données toujours plus importants.

Certains opérateurs de différents pays se sont plaints que le trafic provenant de YouTube et d’autres sites appartenant à Google représentait une très grosse partie de leur flux total. Afin de réduire les coûts de surcharge, d’assurer la maintenance ainsi que le développement, Google verse parfois des indemnités compensatoires aux opérateurs dont le réseau est surchargé. Ce type d’accord est à la discrétion des opérateurs et des gros pourvoyeurs de contenu Internet.

En réalité, la neutralité du Net a commencé à être sévèrement remise en question partout dans le monde avec l’arrivée et le succès massif des plate-formes de streaming avec la crainte de voir arriver des tarifs d’abonnements Internet cloisonnés pour chaque type d’utilisation, réseaux sociaux, vidéos, jeux, etc…

Plus récemment, la 5G a relancé le débat avec une technologie appelée « network slicing » (découpage du réseau). Elle permet de créer des « tranches » avec des qualités de service différentes : ultra-faible latence pour chirurgie à distance, haute capacité pour streaming, etc.

Les opérateurs y voient une innovation légitime. Les défenseurs de la neutralité y voient un risque de « voies rapides » payantes déguisées. L’ARCEP surveille ces usages au cas par cas.

La Neutralité du Net en France

En France, c’est l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes) qui veille au respect de la neutralité depuis 2016, dans le cadre du règlement européen de 2015.
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Le cadre juridique de la Neutralité du Net est solide :

Aucun FAI ne peut bloquer, ralentir ou faire payer l’accès à un contenu légal
Les sanctions peuvent atteindre 3% du chiffre d’affaires de l’opérateur

Les outils de surveillance :

– L’application gratuite Wehe permet de détecter du throttling suspect
– Le service « J’alerte l’ARCEP » recueille les signalements citoyens
– L’ARCEP publie chaque année un rapport sur l’état d’Internet en France

Le nouveau défi : les IA génératives

En 2025, l’ARCEP a ouvert un chantier prospectif sur ChatGPT, Perplexity et autres. Ces outils, en structurant les résultats affichés, pourraient créer une nouvelle forme de discrimination : non plus au niveau du réseau, mais au niveau de l’accès à l’information. La neutralité technique tient bon. La neutralité informationnelle ? C’est le prochain combat.

Illustration : danger de la non neutralite du net pour la culture

Illustration tirée du blog Brisebouille – Ce travail a été réalisé dans le cadre de la publication d’un rapport de l’Arcep sur la neutralité du net. (page 73, 74 et 75)

Les solutions envisagées : entre technique et économie

La question des coûts de maintenance du réseau face à l’explosion du trafic est réelle. Les opérateurs doivent investir massivement pour absorber la croissance des usages (streaming 4K, cloud gaming, visioconférence).

Plusieurs pistes sont débattues :

Modernisation de l’infrastructure

Le déploiement de la fibre optique et de la 5G améliore les capacités, mais l’augmentation du nombre d’internautes connectés en permanence compense largement ces gains. La 5G, malgré ses promesses de vitesse, soulève d’ailleurs de nouvelles questions avec le « network slicing » (découpage du réseau en tranches virtuelles avec des qualités de service différenciées). Les opérateurs y voient une innovation légitime pour des usages critiques (chirurgie à distance, véhicules autonomes). Les défenseurs de la neutralité y voient un risque de « voies rapides » payantes déguisées.

Accords directs opérateurs-plateformes

Certains géants comme Google ou Netflix négocient des accords avec les FAI dont ils saturent les réseaux, versant parfois des compensations pour la maintenance. Ces arrangements restent à la discrétion des parties et ne remettent pas en cause le principe de neutralité tant qu’ils ne créent pas de discrimination pour l’utilisateur final. 

La neutralité du Net est un principe fondateur, pas une option marketing.

Il ne faut pas confondre neutralité et uniformité des offres : qu’un opérateur propose 100 Mb/s ou 1 Gb/s, c’est légitime. Ce qui ne l’est pas, c’est de réserver certaines vitesses à certains contenus pour des raisons commerciales.

En France, le cadre tient bon. Mais les nouvelles technologies redessinent les contours du débat : le network slicing de la 5G, les IA génératives qui structurent l’information, les services cloud qui concentrent les flux.

En pratique :
– Si vous soupçonnez du throttling, testez avec l’app Wehe
– Si vous constatez une anomalie, signalez sur « J’alerte l’ARCEP »
– Un VPN sans log peut contourner certaines limitations, mais ne résout pas le problème systémique

La vigilance reste de mise, sans paranoïa.

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A propos de l'auteur : Lisa

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Fondatrice de VPN Mon Ami

Experte en cybersécurité avec plus de 12 ans d'expérience dans le domaine des VPN, j'écris de nombreux articles pour sensibiliser les internautes à la confidentialité en ligne.

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